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Les vitraux de la Chapelle Saint-Firmin
à Saint-Martin-Saint-Firmin
(Notice sur Les pavés du Pré d’Auge et les pavés de Lisieux)
par M. Amand MONTIER (Extrait du Bulletin archéologique – 1902) |
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La modeste chapelle consacrée à Saint-Firmin, évêque d’Amiens, et bâtie dans la vallée de la Vérone, dans les dépendances de l’ancienne métaierie du Dour, sur le territoire de Saint-Martin, est célèbre dans la région, à cause de son pèlerinage. Sa notoriété lui a valu l’honneur de donner le nom de son saint pour l’ajouter à celui du patron de la paroisse, Saint-Martin. C’est une petite construction rectangulaire à pan de bois, du XVIè siècle, surmontée d’un petit clocher dont la cloche argentine appelle les fidèles aux cérémonies religieuses à certains jours de l’année. Le samedi de chaque semaine de mai, on y célèbre la messe, et le 25 septembre, jour de la fête du saint, le curé chante tous les offices avec le concours des frères de charité, et le déploiement de toute la pompe dont est susceptible une église de village. Saint-Firmin, en effet, a la spécialité de guérir les rhumatismes, les frémins ou les frémis, frémissements dans les membres auxquels sont sujets les paysans de nos contrées humides. Il fait aussi marcher les enfants faibles et rachitiques qui se montrent tardifs à faire leurs premiers pas : la mère fait dire des évangiles à son enfant, puis, le tenant par la main, égrenant son chapelet, elle essaie de lui faire faire le tour de la chapelle. Toute la cohue des mendiants et des infirmes de la région se donne rendez-vous autour de la chapelle, et là, ils exhibent leurs moignons, leurs plaies, leurs sanies sous les yeux des pèlerins, pour exciter leur compassion. C’est un spectacle assez dégoûtant que la police locale a toujours toléré en l’honneur du saint.
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Quelques tableaux d’ex-voto décorent les murs de cette chapelle : des béquilles, des bâtons sont suspendus aux murailles comme témoignage d’actions de grâce par des pèlerins reconnaissants. C’est, paraît-il, à des sentiments de même nature que nous devons les vitres peintes qui décorent les deux murs latéraux de la chapelle, et dont le mauvais entretien nous fait craindre la prochaine disparition.
Ces vitres, au nombre de neuf, sont de mérite inégal, mais toutes sont de forme rectangulaire et destinées à occuper l’espace laissé libre par charpente du mur. Les unes sont de verre blanc avec de simples médaillons au monogramme du Christ et de la Vierge ; d’autres représentent de manière grossière quelques saints isolés ; d’autres enfin, - on peut en citer quatre dans le mur méridional -, malgré leur mauvais entretien, sont fort beaux de coloris et de composition. En général, par leurs dimensions restreintes, ce sont plutôt des vitres d’appartement que des vitraux d’église.
Le mur septentrional ne présente, parmi ces vitres, qu’une seule vraiment intéressante : la Prédication de Saint-Jean. Saint-Jean, dans son costume légendaire, séparé du public par une barre en bois placée entre deux arbres, au bord de la forêt, prêche devant un auditoire au premier rang duquel se prélassent des dames en riche toilette, décolletées et couvertes de bijoux. Leurs cheveux relevés en natte et disposées avec art, suivant le type cher à Diane de Poitiers, semblent plutôt indiquer d’honnestes dames plus friandes des contes de Boccace que des enseignements austères du rude Baptiste. Ce petit panneau du XVI è siècle (0,52m sur 0,75m) est à mon sens, une des meilleures vitres de la chapelle et la mieux conservée.
Dans le mur méridional, nous citerons spécialement, à partir de la porte latérale, c'est-à-dire en allant de l’ouest à l’est, la première vitre, représentant saint Firmin ; la deuxième, un saint pape ; la troisième, saint Jacques ; la quatrième, consacrée aussi à la représentation de saint Firmin. Toutes ces vitres datent du commencement du XVIIè siècle.
La fenêtre la plus rapprochée de la porte est consacrée à saint Firmin, comme nous l’indique l’inscription placée dans la bordure supérieure. Cette vitre est d’une conservation assez bonne. Des motifs de ferronnerie rouge et des rinceaux d’un jaune brillant forment un encadrement rectangulaire. Le saint est représenté en avant d’une balustrade en bois. Debout sur un carrelage historié, il est revêtu de ses ornements sacerdotaux, ganté de pourpre ; il a la main droite levée pour bénir ; la crosse est posée au défaut de l’épaule gauche. La figure est juvénile et imberbe.
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Ce qui frappe surtout, c’est la richesse de la chasuble bleue. Elle est de soie brochée ton sur ton. Un large et riche galon d’or tombant verticalement la divise en deux parties et bifurque pour contourner l’encolure. Divers médaillons ornent cette riche broderie, et il convient d’en donner la description. Vers l’épaule gauche est figurée sainte Catherine tenant l’épée, avec la roue à ses pieds. Un fermail d’or, orné de rubis et d’émeraudes, marque le point d’intersection des galons. Puis, de haut en bas, nous trouvons successivement un évêque, saint André tenant sa croix, un saint tenant une hache et enfin un évêque portant une petite chapelle dans sa main. A droite du saint, un écusson brisé, dont on reconnaît encore le champ d’azur au chevron d’argent et le chef d’argent chargé de trois( ?) roses d’azur.
Le donateur a la barbe grisonnante ; il porte la petite fraise et des manchettes. Il est vêtu d’un manteau noir. Son prie-Dieu en bois est couvert d’un velours rouge sur lequel son livre est demeuré ouvert. Ce portrait semble vivant et prêt à parler ; il donne l’image d’un homme mûr conservant encore la vivacité de la jeunesse.
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Au-dessous du vitrail, on lit, en gothique :
Lan de grace mil six centz cinq ( ?) Dom
Hugues pain Religieux et hostellier de Labb[aye]
De st Vuandrille a donne a lonneur de dieu et de Monsieur st Firmin ceste vitre priez dieu pour luy.
La seconde vitre (0,75m x 1,05m) représente, sous un riche portail en marbre de couleur, un saint pape à la figure énergique, la tête coiffée de la tiare. Tout le bas du vitrail a disparu ; on l’a remplacé par des fragments de provenance étrangère.
Vient ensuite une vitre fort belle (0,76m x 1,05m) qui représente saint Jacques. C’est un robuste vieillard tenant son bourdon de la main droite et relevant de main gauche son manteau d’un rouge éclatant. Sa robe est de pourpre, et son chapeau, orné de coquilles symboliques, est d’un jaune d’or se détachant à peine de l’auréole qui encercle sa tête énergique. En arrière, on voit un fond de paysage – montagnes et cascade – avec la scène du martyre du saint : un bourreau, tenant l’épée perpendiculaire, s’apprête à lui trancher la tête. Cette petite scène, peinte en grisaille, rehaussée de bleu et de rouge, n’est pas visible à l’œil nu, du sol de la chapelle.
La phototypie ci-jointe représente la dernière fenêtre de la série (0,76m x 1,05m), la plus rapprochée de l’autel. Cette vitre figure également saint Firmin, et fut donnée, suivant l’inscription qu’elle porte, par… Descouldreaux… de Caudebec. Elle sort du même atelier que sa voisine représentant saint Jacques : même entourage dans la partie carrée ; mêmes rinceaux avec coloris identique dans le fond, de chaque côté de la tête du saint ; enfin, même disposition générale. Le motif de ferronnerie qui forme des dessins géométriques – losanges, grecques, etc. – dans la bordure, est de couleur rouge brique que font valoir les fleurons et les feuillages d’un jaune brillant jetés dans ces compartiments par la fantaisie du décorateur.
Le saint est représenté sous la figure d’un vieillard au sourire triste et résigné ; il porte en tête la mitre couverte de pierreries ; il est auréolé d’or. De sa main droite, il tient la crosse ; de l’autre, il porte un livre largement ouvert et relève le pan de sa robe ou de sa chape. Ce vêtement, de soie bleue avec revers pourpre, couvre les épaules du saint ; il est attaché au col par un fermail ovale d’orfèvrerie enrichi de gemmes brillantes. L’aube blanche tombe jusqu’aux pieds.
Dans le fond du vitrail se voit, à la droite du saint, une petite scène peinte en grisaille représentant son martyre. Un bourreau, le glaive levé, s’apprête à frapper le saint,qui, agenouillé et revêtu de ses ornements sacerdotaux, les bras croisés sur la poitrine, attend la mort avec résignation. Des soldats vus de dos, et casqués du casque romain, regardent la scène : l’un d’eux porte en sautoir sur ses épaules les faisceaux du licteur. De l’autre côté, à gauche du saint, un paysage montagneux.
Ces détails ne sont visibles pour le spectateur que s’il est muni d’une lorgnette : ils ne se voient pas dans notre photogravure.
Sous les pieds du saint, dans un écusson dont il ne reste qu’un débris, se voyait l’écusson de la ville de Caudebec : d’azur aux trois éperlans d’argent.
Saint-Martin-Saint-Firmin, 1er octobre 1901
Extrait du Bulletin de la Société des Amis des Arts du Département de l’Eure, n° XVIII, année 1902.
Cette chapelle de Saint-Firmin est une propriété particulière, et n’est entretenue que suivant les produits qu’elle rapporte à son propriétaire. Or, de plus en plus les pèlerinages diminuent : la chapelle est délabrée; les plombs des vitraux sont pourris, et à chaque coup de vent, les feuilles de verre vacillent dans leurs alvéoles métalliques. Peut-être pourrait-on demander le classement de ces vitres au nombre des monuments historiques, ce qui assurerait leur conservation indéfinie, mais cette mesure devrait avoir l’agrément du propriétaire. Or, celui-ci n’abandonnera jamais le droit d’aliéner ces vitraux auxquels il suppose une valeur bien au-dessus de la valeur réelle. Il faut donc s’attendre à voir disparaître, dans un bref délai, ces vitraux et peut-être aussi la vieille chapelle dont ils ont fait pendant près de trois cents ans la gloire et la décoration artistique.
A.MONTIER
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